26 octobre 2008
Regarde ce que tu es devenu ! (3/5)
Quand le Prince revint, il était accompagné de chanteurs et de mignons de la cour, ceux-là même qui avaient participé avec d'autres aux pièges tendus au page nu et qui l'avaient obligé de naviguer péniblement toute la nuit entre les tables, les mains et les convives à la lumière des chandeliers, bougeoirs et autres candélabres. Le jour venait de se lever et le soleil inondait désormais le salon des Vestales grâce aux fenêtres donnant sur la cour principale de la demeure. La fresque avait obsédé notre héros pendant le moment où il avait été laissé seul et maintenant seulement il commençait à la comprendre un peu ...
C'est l'arrivée de la troupe rieuse, pleine de sarcasmes et de fiel qui fit sortir le page du songe dans lequel il était plongé, le regard rivé au plafond .... En le revoyant, Le Prince eut à nouveau ce geste de déférence qui le poussait à courber un genou comme s'il était devant de saintes reliques alors qu'une de ses jambes se découvrait en s'écartant de la toge impériale ... Il n'y avait eu que des hommes pour suivre le dignitaire. Leur jalousie avait explosé à la vue du spectacle de leur rival debout dans la tenue d'Adam sur la petite estrade . Ils comprenaient que le Prince les avait oubliés ne serait-ce que le temps d'une nuit, puis maintenant d'un matin ... Ils redoutaient que cet oublie ne se prolonge ...
Les six hommes avaient quitté la fête qui touchait lamentablement à sa fin et qui ne parvenait pas à se clore. Le Prince les avait extraits de véritables tas de corps qui s'étaient laissés tomber saouls de fatigue, de boisson et de nourriture le long de murs dans des couloirs ou des salons. La nuit s'était achevée dans la luxure et le stupre, dans la griserie aussi, mais certains étaient devenus ivres ou veules et finalement notre hôte en écartant plus tôt son larbin nu de ce bordel d'aristocrates l'avait protégé de cette fin de fête bien moins reluisante que les dorures des salons d'apparat.
L'équipée sauvage sortait des ces amas de déchets dévergondés, débraillée et souvent à moitié déguisée comme s'il était encore le moment de distraire la noblesse saturée de richesses. Elle repris vie en découvrant celui dont le Prince s'était entiché.
Un jeune homme tenu en laisse par son dompteur s'attaqua à la proie nue comme s'il voulait la déchirer et la dépecer. Trois autres hommes légèrement vêtus observaient ce corps offert à leur regard mais on se savait pas s'ils étaient plongé dans l'hébétude à cause de la fatigue ou par admiration, peut-être l'étaient-ils aussi à cause de la désolation de n'être plus ceux que le Prince allait attirer dans sa couche une fois le devoir conjugal accompli. Celui qui avait introduit le jeune pâtre auprès du maître de céans obéissait à un ordre lancé par son regard de retirer un voile qui gênait sa vision du corps parfait dont il voulait découvrir la plénitude ...
Devant tant de réaction imprévues, de violence et déchaînement le larbin démuni leva ses bras vers sa tête pour s'en protéger et le Prince ne sut pas immédiatement s'il laissait couler quelques larmes ou s'il implorait le ciel ... Il en fut ému et fit un mouvement vers sa statue de chair ... devant lui se tenait l'idéal de l'Antiquité et de la Renaissance incarné et il voulu savoir si celui dans lequel il retrouvait les canons de la beauté comprenait pourquoi il avait été choisi et ce à quoi il le destinait .... Qu'il verse des larmes pouvait signifier qu'il acceptait son sort, qu'il était prêt pour le sacrifice ...
La scène fit tant de tapage qu'on l'entendit à travers les lourdes portes de bois dans les couloirs adjacents. Certains dormeurs drogués en furent dérangés et quand ils s'approchèrent des trous de serrure ils aperçurent ce détail ...
... qui les laissa amusés .... Le Prince n'en était pas à son premier éblouissement !
21 octobre 2008
Regarde ce que tu es devenu ! (2/5)
Le Prince était en pâmoison comme s'il voyait Apollon apparaître devant lui sortant d'un nuage. Lui même s'était dévêtu pour passer une toge rouge sur ses épaules et s'en envelopper afin de ressembler à Jules César jetant son dévolu sur un plébéien. Il avait fait monter le paysan nu sur une estrade après l'avoir vu le servir toute la nuit. Il l'avait beaucoup regardé oeuvrer comme domestique dans son armée de laquais sans livrée et ne regrettait pas d'avoir eu cette idée de soirée légère ... Au moins avait-il eu l'occasion de découvrir celui qui le rendait comme Zeus devant Ganymède. Ils avaient été nombreux ceux et celles qui cette nuit avaient tenté d'attirer à eux le jeune éphèbe inconnu à la cour en lui promettant les plus grandes gloires ou les plus belles demoiselles, les titres les plus élevés aussi ... C'est pourtant le Prince qui avait offert les louis les plus convaincants ...
Le jeune pâtre se prêta au jeu du Prince même s'il n'en comprit pas bien les manoeuvres. Il accepta de se retirer avec lui dans le salon des Vestales et de s'éloigner des tables de jeu où les paris fusaient malgré l'heure avancée pendant que violes et clavecins scandaient le temps de notes aigrelettes. Á travers les portes il entendait les rires et les jurons de ceux qu'il avait servi pendant de longs moments et il se souvenait des mains avides qu'il avait tenté en vain d'éviter durant toute cette nuit interminable ...
Le Prince était agenouillé à ses pieds comme s'il lévitait ...
Que lui arrivait-il ?
Un Prince qui le regardait ... lui le paysan au service de ce Maître pour lequel il travaillait. Larbin chez lui la nuit, berger sur ses terres le jour. Il n'avait jamais vu autant de lumière au milieu de la nuit ni jamais entendu de musique si raffinée. Il n'avait jamais frôlé autant d'étoffes si soyeuses ni de velours si voluptueux ... Il n'avait jamais servi de gibiers aux si délicieux fumets ni versé autant de vins capiteux. Les desserts n'avaient jamais été si somptueux, si délicats ...
Il n'avait jamais été observé avec autant d'acuité non plus ... ni désiré avec tant de soupirs ... mais ça, il ne le savait pas. Il ne l'avait pas compris.
Des femmes ivres avaient dégrafé le haut de leur corset pour mieux reprendre leur souffle chaque fois qu'il passait près d'elles ... Quelques garçons légitimes bien nés et des bâtards chanceux avaient comploté contre lui de sombres manigances. Plusieurs fois il avait échappé à des embuscades où il aurait du trébucher pendant qu'il apportait un marcassin ou un faisan à la table du Prince. Ça non plus il ne l'avait pas compris. Il n'avait rien vu. Il avait navigué dans ce monde élaboré et sophistiqué avec une grâce et une présence sans pareil. Son innocence avait d'abord déconcerté et très vite elle avait attisé la jalousie, l'envie, la concupiscence. Ses attributs virils exposés à l'encan avaient déclenché une réaction en chaîne au sein de la cour dont les courtisanes et les flatteurs étaient les vrais piliers. La nouvelle de la présence d'un page particulièrement beau et bien fait avait circulé comme une traînée de poudre et tout le monde avait voulu s'approcher de ce miracle vivant, en chair et en os. Certes, le dernier prix de l'enchère revenait au Prince, bien sur, mais chacun cherchait à obtenir des miettes ... une caresse volée, un regard appuyé, une vue sur l'entre-jambe, un mot .... Dans le clair-obscur de cette soirée magnifique un être mâle volait au-dessus de ce monde vilain .... chaque femme et beaucoup d'hommes auraient voulu un morceau de ce sexe appétissant et était prêt à se damner ne serait-ce que pour en toucher une once .... Le jeu consistait à s'approcher de lui pour lui adresser la parole. La gagnante serait celle qui parviendrait à le faire rougir. Le jeu des hommes était plus complexe. Certains étaient très intéressés mais ne voulaient pas que cela fut remarqué ... leur science du déplacement dans les salons était alors d'une grande complexité. D'autres venaient lui parler directement sans que cela fut commenté par d'immédiats ragots. La plupart cherchaient plutôt à organiser des croc-en-jambe pour faire disparaître celui qu'ils prenaient pour un bellâtre ... mais cela a déjà été rapporté plus haut ...
Il n'avait vraiment compris ni où il était, ni avec qui il se trouvait, pas plus qu'il ne comprenait ce qui l'attendait. Il ne concevait même pas que le Prince pu nourrir quelques désirs charnels et si peu chastes à son sujet .... Il ne savait tout simplement pas qu'il était nu et ne remarqua rien du plissement si particulier de la toge rouge de l'homme de pouvoir qui se trouvait presque en transe devant lui ... Il pensait à ses moutons, à ses brebis et à l'eau vive du moulin sur la rivière qui coule avec quiétude non loin de sa ferme alors que le Prince était emporté par une vague d'émotion quasiment cannibale et en tout cas pénétrante ....
Alors que le Prince s'en était allé chercher des castrats pour qu'ils lui entonnent quelques arias célestes, il leva les yeux vers la fresque du plafond et y découvrit une scène où un jeune taureau était enlevé par un Guerrier valeureux armé d'un glaive immense. Autour d'eux la nuée était peuplée d'une foule de soldats pleins de bravoure et de femmes hurlantes prêts à assister au sacrifice ...
20 octobre 2008
Regarde ce que tu es devenu ! (1/5)
La Régence après la mort de Louis XIV en 1715 fut un moment de grand relâchement des moeurs en France, en particulier chez les aristocrates qui avaient les moyens de se payer tout ce qu'ils voulaient .... C'est un peu ce que Tavernier met en scène dans Que la fête commence ....
Ici un Prince se paie des pages pour de fines soirées qu'il veut offrir aux femmes qu'il courtise (c'est déjà le principe à l'oeuvre dans Salo finalement, mais beaucoup plus poussé ...). Les pages sont recrutés en fonction de leur beauté physique car c'est nus qu'ils devront travailler dans les couloirs et les alcôves, les passages secrets et les salons d'apparat, les escaliers dérobés et les cabinets capitonnées ...
Certains hommes recrutés acceptent mal leur nouvelle condition et afin qu'ils s'habituent à leur emploi frivole, on leur permet de se regarder dans un miroir ...
... le temps qu'ils admettent leur nudité. Le servage n'est pas loin ...
Á la lumière des chandeliers éclairant les appartements de nuit et jusqu'aux premières lueurs de l'aube, leurs corps amuseront les donzelles et les petits seigneurs, les vieux marquis et les comtesses déjà mûres ...
Quant au maître de céans, il a sans doute toujours été à mulet et à carrosse ...








